Si vous avez regardé votre échéancier Urssaf cette année avec le sentiment que quelque chose avait bougé, vous avez raison. Le mode de calcul de vos cotisations a été refondu, et les effets apparaissent sur votre régularisation et vos échéances de 2026. Ce n’est pas une hausse déguisée : c’est un déplacement, et il vous est plutôt favorable.
Une seule assiette au lieu de deux
Jusqu’ici, vos cotisations se calculaient sur deux bases différentes selon la nature du prélèvement. C’était une source d’erreurs et surtout d’incompréhension : personne ne pouvait vérifier son propre échéancier sans y passer une soirée.
Désormais, un seul calcul. L’assiette unique correspond à votre revenu professionnel — votre chiffre d’affaires diminué de vos charges professionnelles — auquel s’applique un abattement forfaitaire de 26 %. Toutes vos cotisations partent ensuite de ce même montant.
La CSG baisse, la retraite monte
C’est le cœur de la réforme, et c’est ce qui change quelque chose pour vous.
Les taux de CSG et de CRDS n’ont pas bougé : 9,2 % et 0,5 %. Mais comme l’assiette sur laquelle ils s’appliquent est plus étroite qu’avant, le montant prélevé diminue.
Dans le même temps, les cotisations retraite augmentent. La retraite complémentaire s’établit à 8,1 % sous le plafond annuel de la Sécurité sociale et 9,1 % entre une et quatre fois ce plafond, contre 7 % et 8 % auparavant. La retraite de base augmente également, à la fois sous le plafond et sur la totalité du revenu.
Je ne donne pas ici les taux de retraite de base à la décimale près, et c’est volontaire : ils sont revalorisés et les sources secondaires ne s’accordent pas toujours. Les taux qui font foi sont ceux de votre échéancier et de votre notice Urssaf. Ce qui ne change pas, c’est le sens du mouvement.
Le point qui compte
La CSG ne vous ouvre aucun droit : c’est un impôt affecté au financement de la protection sociale. La cotisation retraite, elle, vous constitue une pension. À prélèvement comparable, vous achetez donc désormais des droits là où vous n’en achetiez pas. C’était l’objectif affiché : réduire l’écart entre salariés et indépendants, dont les cotisations créaient historiquement moins de droits.
Deux réserves, parce que ce n’est pas neutre pour tout le monde
D’abord, l’effet dépend de votre niveau de revenu. La cotisation maladie-maternité et les allocations familiales suivent désormais des barèmes progressifs : nulles en dessous d’un certain revenu, elles augmentent par tranches au-delà. Selon où vous vous situez, votre total peut baisser, rester stable, ou monter légèrement. C’est pour cette raison qu’aucun article ne peut vous dire à votre place ce que la réforme vous fait : il faut ouvrir votre échéancier.
Ensuite, un gain de droits à la retraite ne se voit pas sur votre trésorerie du mois. Si votre échéancier a augmenté, la contrepartie est réelle mais lointaine. C’est une information à intégrer dans votre prévisionnel, pas un motif de contestation.
Ce que vous devriez vérifier sur votre échéancier
- Comparez la ligne CSG-CRDS avec celle de l’année précédente. Elle devrait avoir diminué à revenu comparable.
- Regardez les deux lignes de retraite, base et complémentaire. Elles devraient avoir augmenté. Si l’une des deux manque, il y a un problème d’affiliation à signaler.
- Contrôlez le montant de votre régularisation. C’est là que l’écart entre l’ancien et le nouveau calcul apparaît en une fois, et c’est la ligne qui surprend.
- Si vous êtes installée depuis moins de deux ans, vérifiez que les cotisations minimales ont bien été appliquées plutôt qu’un calcul sur un revenu estimé trop haut.
Une remarque de fond
Cette réforme est technique, mal expliquée, et elle a été présentée à beaucoup d’indépendants comme une hausse. Ce n’est pas exact. Mais il faut ouvrir son échéancier pour le constater, et c’est précisément ce que personne n’a le temps de faire.
Si vous voulez y voir clair sur votre situation — ce que vous payez, à quoi ça sert, et ce que ça vous constitue — parlons-en. Une heure suffit généralement à lire un échéancier et à repérer ce qui ne va pas.
Sources
- Décret n° 2024-688 du 5 juillet 2024 fixant les modalités de calcul des cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants — Légifrance
- Réforme de l’assiette sociale et du barème des cotisations sociales — Urssaf.fr
- Taux de cotisations — artisan, commerçant et profession libérale non réglementée — Urssaf.fr
- Réforme de l’assiette sociale et du barème des cotisations sociales — entreprendre.service-public.gouv.fr
